La petite histoire
Il existe une légende hindouiste qui pourrait répondre, en partie, à cette question. C’est une histoire que j’ai lue lors de mon cours de yoga pour les ados, samedi dernier, et qui nous a permis de parler tous ensemble du yoga.
Voici ce conte (tiré d’un excellent bouquin de Michel Piquemal « Les Philo-fables », albin michel) :
LA CACHETTE INVISIBLE
Autrefois, tous les humains étaient des dieux. Mais ils abusèrent tant de leurs privilèges que Brahmâ, le maître des dieux, décida de leur ôter ce pouvoir de divinité. Brahmâ organisa donc un conseil pour décider d’une cachette qui soit impossible à déceler.
Les dieux mineurs prirent d’abord la parole pour suggérer : « Enterrons le pouvoir de divinité tout au fond de la terre ! ». Mais Brahmâ répliqua : « Je vois que vous ne connaissez pas bien la curiosité de l’homme ! Il fouillera, il creusera, et un jour il finira par le trouver ». « Dans ce cas, jetons-le dans la profondeur des océans ! » Brahmâ soupira : « Je connais trop bien les hommes : tôt ou tard, ils iront explorer le fond des océans et remonteront le pouvoir de divinité à la surface. Ce sont d’éternels insatisfaits. » Les dieux mineurs ne savaient plus que dire. « Où donc le cacher ? Car, si nous t’en croyons, il n’est pas d’endroit, sous terre, dans le ciel ou au fond des mers que les hommes n’atteindront un jour… »
Alors Brahmâ reprit la parole : « Voici ce que nous ferons ! Nous cacherons le pouvoir de divinité au plus profond du cœur des hommes, car c’est le seul endroit où ils ne songeront pas à aller le chercher. » Et depuis ce temps, l’homme a fait le tour de la terre, il a creusé, il a exploré, il a fouillé le fond des mers … à la recherche de « quelque chose » qui se trouve en lui-même.
Cherchons à l’intérieur et non pas à l’extérieur
La plupart d’entre nous sommes habitués à regarder en dehors de nous pour nous épanouir. Nous vivons dans un monde qui nous conditionne à croire que les réalisations extérieures peuvent nous donner ce que nous voulons.
D’une part, nous pensons que la possession d’objets, ou de biens de toutes sortes, peut nous rendre heureux. Très vite, nous nous rendons compte que cet attachement aux biens matériels n’apporte que rarement le bonheur.
D’autre part, nous cherchons les réponses à nos questions, à l’extérieur. Il suffit de faire un petit tour sur internet pour être bombardé de messages proposant des recettes ou techniques, simples et rapides, pour résoudre tous nos problèmes. Par exemple, nous utilisons souvent la manipulation dans nos relations avec les autres, au travail ou à la maison. De la même façon, nous recherchons des stratégies superficielles pour apprendre la confiance en nous afin d’atteindre la réussite rêvée. Ou bien, nous avons recours à des rafistolages, des raccourcis pour essayer d’améliorer notre qualité de vie et atteindre le bonheur.
Même si ces techniques peuvent amener un certain bien-être pour un temps, nos expériences nous montrent qu’elles ne peuvent remplir complètement le profond désir de «quelque chose de plus». Nous nous apercevons très vite qu’il est impossible de changer en ne travaillant que sur la forme. Nous portons notre attention sur le Faire plutôt que sur L’Être, nous sommes souvent dans l’action plutôt que dans la conscience.
La confiance en nos 5 sens
Habituellement, notre conscience est dirigée vers l’extérieur, vers notre environnement que nous percevons grâce à nos cinq sens. Or, le toucher, le goût, l’ouïe, la vue, et l’odorat amènent des informations souvent partielles et trompeuses. Ces données ou informations sont, en effet, dépendantes de notre culture, notre éducation ou notre histoire.
Petite expérience
Voici un exemple très parlant tiré du livre de Stephen R. Covey, « Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent » (j’ai lu).
Regardez pendant 10 secondes, le dessin suivant (figure n°1) :

Figure n°1
Puis, ensuite, observez la représentation (figure n°2) qui suit :

Figure n°2
Si vous deviez décrire cette figure n°2, vous parleriez surement d’une jeune femme, positionnée de profil, avec le visage tourné vers la droite.
Si maintenant, l’expérience avait commencé avec l’observation durant 10 secondes du visage de la figure n°3, que vous retrouverez en fin d’article. Ce nouveau dessin grossier schématise, cette fois ci, le profil gauche d’une vieille femme, présentant un nez imposant et un menton caché en partie dans son chandail.
Revenez à nouveau sur la figure n°2. Après une fixation suffisante de la vieille dame de la figure n°3, vous devriez alors analyser cette figure n°2 de façon très différente. Il est alors possible de voir apparaître le visage d’une vieille dame, avec un nez imposant et un menton caché en partie dans son chandail. Le trait noir que votre esprit avait pris pour le collier de la jeune fille précédemment, devient alors la bouche de cette vieille dame.
Le conditionnement
Cette expérience met en évidence la possibilité d’orienter notre façon de voir en fonction d’un conditionnement qui peut être culturel, sociétal ou autre. Mais la vue n’est pas le seul sens pouvant être trompé. Est ce que notre façon d’appréhender le goût épicé est identique pour un français ou un indien? Est ce que le son important du décollage d’un avion sera perçu de la même manière pour un enfant vivant proche d’un aéroport ou pour celui vivant dans la nature, très éloignée d’une grande ville?
En fonction de nos expériences passées, de notre éducation, notre conditionnement (représenté par la figure n°1 ou n°3), notre vision des choses ou des situations, de la vie (figure n°2), peut être complètement différente.
Vu que les 5 sens physiques peuvent être interprétés différemment en fonction de notre histoire, sans parler de nos ressentis ou émotions lors de certaines situations, nous devons alors apprendre à analyser les situations, les informations de différentes manières. Nous devons apprendre à travailler et exploiter des niveaux de conscience plus profonds et plus subtils pour faire un pas de côté, et voir les choses sous un nouvel angle.
La conscience de soi
Petite expérience
Imaginons que vous êtes, en ce moment, en train de lire cet article, confortablement installé à votre bureau, sur votre ordinateur. Au même moment, vous pouvez choisir de vous projeter dans un coin de la pièce, et commencer à vous observer en train de lire cet article, confortablement installé à votre bureau, sur votre ordinateur. Cette façon différente de voir l’action que vous menez à un instant précis est la conscience de soi. Dans ce cas, nous sommes dans ce que l’on appelle la pleine conscience: nous agissons, nous lisons cet article en nous observant nous même en train de lire notre article.
A quoi ça sert d’agir en pleine conscience ? Cela permet d’une part d’être vraiment concentré sur ce que nous faisons, nous n’utilisons pas notre mental pour penser à autre chose. Comment apprécier cet article, si entre chaque mot que vous lisez, vous pensez à ce que vous allez préparer à manger, ce soir. D’autre part, cette observation de vous même dans l’action peut se focaliser sur vos ressentis ou vos émotions: est-ce que vous vous sentez calme et serein lors de cette lecture? Est-ce que, au contraire, cet article vous ennuie, ou est-ce que vous vous sentez accroché, excité, agacé et pourquoi?
Vivre en pleine conscience … ou conscience de soi
Vivre en pleine conscience permet, d’une part, de se concentrer sur le présent, sur ce que nous faisons à chaque instant. D’autre part, la conscience de soi apporte une meilleure connaissance de nous même: pourquoi suis-je agacé, pourquoi est-ce que je ressens une agitation à la lecture de cet article, est-ce vraiment l’article qui me touche ou est-ce que cet article m’entraine vers une expérience, plutôt désagréable, vécue précédemment? Grâce à cette introspection, il sera alors possible de comprendre nos actions programmées, non conscientes, et résoudre les questions: qui suis-je? Pourquoi suis-je ici? ou Quel est le sens de ma vie?
La conscience de soi nous permet d’observer, identifier et de réfléchir sur nos réactions aussi bien physiques, mentales ou émotionnelles. Cette réflexion sur nous même, nous apporte alors un certain recul, qui est la base pour changer nos actions identifiées « inappropriées », en référence à nos principes, nos valeurs, notre éthique… et non plus en fonction de nos émotions, nos blessures, notre égo.
Et inversement, pour apprendre à suivre nos principes fondamentaux, nous avons besoin d’introspection pour nous libérer de nos réponses réflexes, façonnées par notre culture, notre éducation, nos croyances, notre histoire. Il est difficile, pour nous, d’imaginer un état de calme complet et de repos dans lequel les pensées, les sentiments et les émotions cessent d’être en mouvement perpétuel. Pourtant, c’est par un tel état de quiétude que nous pouvons parvenir à un niveau de compréhension, impossible à atteindre autrement.
Et le yoga dans tout ça ?
Le Yoga, très ancienne science spirituelle, offre un moyen direct de calmer les pensées et l’agitation du corps qui nous empêchent de savoir ce que nous sommes réellement.
Le yoga est donc une auto-discipline permettant de transformer son esprit, et le mettre sous le contrôle de la conscience, pour atteindre le but ultime : l’éveil.
Qu’est-ce que l’éveil ? C’est vivre en harmonie, en conscience. C’est être connecté à soi, aux autres, à la nature, c’est être aligné avec ses principes, ses valeurs, avec soi.
Ce serait vraiment trop restrictif de limiter le yoga aux postures (ou ASANA en sanscrit) ou de l’assimiler à de l’exercice physique. Le yoga est, donc, une méthode permettant de trouver la sérénité, la paix, le bonheur, à l’intérieur de soi, suivant des principes ou valeurs morales comme l’intégrité, l’humilité, la fidélité, la sobriété, le courage, la justice, la patience, ou l’application.
En conclusion, la meilleur réponse à notre question: Mais, en fait, c’est quoi exactement le Yoga? n’est-elle pas la suivante:
Essayez et dites nous ce que le yoga a changé en vous ?
Namasté

Figure n°3